28/03/2014

> Bâtiment / Innovation par les usages

L’Architecture soft-tech. La recherche de la technique non traumatisante

Marine Morain et Lauréna Cazeaux, architectes ingénieurs au sein du cabinet Arbor&Sens à Lyon, ont réalisé pour Leroy Merlin Source une étude dédiée à ce que les auteurs nomment une architecture "soft-tech". Après avoir présenté le contexte qui a mené à l’élaboration de l’approche soft-tech, l’étude propose une définition de cette approche assortie de plusieurs exemples concrets. Dans la troisième et dernière partie de leur étude, les auteurs font quelques recommandations pour aller vers l’architecture soft-tech qu’elles préconisent.

Pourquoi l'architecture soft-tech est-elle souhaitable ?

Rôle autrefois dévolu à l’architecte (devenu avec le temps "garant du Beau"), c’est aujourd'hui principalement à la technique que l’on demande de garantir le confort, l’hygiène et la sécurité des usagers d’un bâtiment. Encouragée par les pouvoirs publics, l’innovation technique nous emmène vers un bâtiment high-tech qui consomme moins, collecte et analyse des données, prévoit et agit pour améliorer le confort. L’heure est au bâtiment autonome que l’usager peut piloter à distance. La technique fait croire que tout est permis, mais les économies d’énergie sont souvent bien moins importantes que prévues, pour une raison simple : les habitants ne savent pas se servir de ces bâtiments communiquants.

Un retour des habitants en situation réelle est donc indispensable pour juger de la pertinence ou non d’une solution technique. De fait, es usagers d’un bâtiment en font un usage complexe, déterminé par des facteurs multiples. Or plus les bâtiments sont performants – et c’est la tendance actuelle, soulignée par la multiplication des réglementations, normes et labels – plus le rôle de l’usager est important, et plus ce dernier risque d’être stigmatisé en raison de mauvaises pratiques. Il s’agit donc de "rendre mouvantes les pratiques de conception et de construction, pour respecter l’imprévisibilité de l’habitant".

Qu’est-ce que l’architecture soft-tech ?

Pour les auteurs, la technique doit se rendre "non traumatisante" : ni pour l’architecte, qui par sa formation la maîtrise souvent mal, ni pour l’usager. Il est de plus en plus fréquent que les promoteurs demandent des notices d’utilisation à destination des usagers, afin de les sensibiliser aux principes de fonctionnement du bâtiment liés à la performance environnementale. Mais une telle démarche postule que les usagers adapteront leur comportement au bâtiment qu’ils occupent ; qu’informés, ils respectent les consignes qui leur ont été données. Or des retours terrain étudiés par les auteurs montrent que les habitants se plient rarement aux notices d’utilisation, des facteurs tels que la sécurité ou l’intimité pouvant entrer en concurrence avec le confort thermique. Il faut donc un bâtiment souple, adaptable à des usages divers : un bâtiment sans notice, conçu dans une approche usage,  systémique et bottom-up, suffisamment robuste pour s’adapter à des usages plus ou moins performants. Comme l’écrivent les auteurs, "il ne s’agit plus de démontrer que le bâtiment est très performant avec des usagers parfaits mais qu’il est correct avec n’importe quel usager".

Le bâtiment soft-tech a donc recours à une technologie douce, non traumatisante ; il utilise des solutions techniques robustes, simples – afin de ne pas donner à l’habitant l’impression qu’il est en faute –, contrôlables par l’usager, qui peut ainsi atteindre le niveau de confort qui lui convient. Performant, le bâtiment que décrivent les auteurs est peu sensible au comportement de l’usager, souvent imprévisible.

Comment aller vers une approche soft-tech ?

La première recommandation des auteurs est d’encourager les échanges entre le concepteur – l’architecte, dont il faudra améliorer la formation technique –, l’observateur, c’est-à-dire le sociologue, et l’usager.

Marine Morain et Lauréna Cazeaux proposent ensuite de privilégier ce qu’Alain Berthoz nomme la "simplexité" et que les deux auteurs définissent comme un "processus permettant de rendre la complexité supportable". Il s’agit de limiter la complexité du bâtiment, de préférer l’efficience à l’efficacité pure, mesurable en laboratoire.

Enfin, les deux auteurs proposent d’associer l’usager à la conception du bâtiment : d’une part, cela assure qu’il soit informé ; d’autre part, il peut apporter un regard neuf, celui d’un "expert en usage" apte à questionner les propositions de la maîtrise d’œuvre.

Les auteurs concluent leur étude en nous invitant "reprendre la main sur la technique" qui, trop souvent, nous apparaît comme la solution facile à tous les problèmes, aux dépens d’une approche systémique  qui permettrait de "répondre à l’ensemble des problèmes avec peu d’énergie et peu de matière".

Le texte intégral de cette publication est disponible sur le site de Leroy Merlin Source, à l’adresse : http://www.leroymerlinsource.fr/images/LMS/pdf/Assises2013/softtech/chantier_soft_tech_vdef.pdf

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